Brève réflexion sur les usages de l’aversion au populisme

par Dario Ciprut

Il est de bon ton de s’attaquer à tout propos au populisme dès qu’il s’agit de rendre compte de maux contemporains affectant la vie politique.

Certes, le vague de la notion, s’étendant de la gauche à la droite de l’éventail partisan et de l’opinion, affaiblit d’autant sa valeur explicative. Au-delà, nous soutenons que sa dénonciation, rituelle dans certains cercles pour flétrir des orientations autoritaires dénaturant les démocraties contemporaines, omet trop souvent la critique du terreau sur lequel les populismes prennent racine pour s’épanouir.

C’est en effet le délitement des institutions, des procédures et de de la morale démocratiques, lorsqu’elles se montrent incapables de satisfaire les aspirations populaires à l’égalité des droits et des conditions de vie économiques, sociales et culturelles, qui fait le lit des populismes de tout acabit.  Sous toutes les latitudes, c’est cette trahison des promesses originelles de toutes les insurrections, révolutions ou transitions ayant eu raison de régimes politiques dictatoriaux, oligarchiques, théocratiques, totalitaires ou simplement autoritaires précédents, qui mine les assises des régimes leur ayant succédé sous couleur d’en finir avec la subordination à l’autorité de classes profiteuses ayant leurs affidés au gouvernail.

Au minimum, les pourfendeurs du populisme devraient faire la preuve concrète de ne plus tolérer en leur sein de pratiques contraires aux ambitions égalitaires qu’ils proclament. Ils feraient encore mieux de s’attacher ensuite à en garantir le futur par la patiente institution des séparations entre les pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et médiatique, à tous les échelons de l’économie et de la propriété sociale. Faute de ces conditions, leurs gémissements et anathèmes risquent au mieux d’involontairement conforter ce qui les alimente, au pire de les dénoncer pour complices  du régime qu’ils évitent de brocarder pour ne pas faire le jeu de ceux dont ils dénoncent les excès.

Accuser les populistes de tout poil de miner les démocraties court donc un très gros risque de confondre la cause et l’effet. A l’inverse, n’est-ce point la dévitalisation de démocraties artficialisées, laissant prospérer les hiérarchies sociales au lieu de les réduire, qui conforte des populismes risquant de les abattre ?

En un mot : attaquer à tout bout de champ les populismes ne mène pas à grand-chose si on fait l’impasse sur ce qui les nourrit.

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