Quelques Réflexions sur le Texte de Jean-Luc sur la pandémie

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One Reply to “Quelques Réflexions sur le Texte de Jean-Luc sur la pandémie”

  1. Jean-Luc Maurer dit : Répondre

    Cher Gerry,

    Merci de tes commentaires très intéressants et pertinents sur mon papier. Comme je te l’ai dit lors de notre dernière réunion j’apprécie beaucoup l’effort de réflexion que tu as fait et c’est juste parceque j’ai été un peu débordé par beaucoup d’autres choses, comme tu le sais, que je n’y réagis que maintenant. Sorry for that mate, but better later than never is’nt it?

    Pour faire simple, je suis assez d’accord avec tes remarques critiques qui sont empreintes du réalisme teinté de pessimiste et du scepticisme devant les grandes idées idéalistes auquel tu as depuis longtemps habitué tes ami-e-s et qui fait ton charme. Par rapport aux trois questions qui te semblent devoir structurer une discussion sur le « monde d’après » la pandémie, je réagirai de la manière suivante:s:

    1. Pour ce qui est du délitement du système institutionnel international issu de la seconde
    guerre mondiale, sa poursuite ou son interruption dépendent à mon sens largement du résultat des élections américaines. Si Trump est réélu (« Ce qu’à Dieu ne plaise », ne serait-ce que parce qu’il ne croit pas vraiment en un autre Dieu que lui, malgré le soutien hypocrite dont il jouit de la part des évangélistes les plus fanatiques,) le pire est hélas à craindre car il n’hésitera pas à détruire ce qu’il en reste. Si Biden l’emporte (ce que toute personne raisonnable ne peut qu’espérer, même s’il est loin d’être enthousiasmant), les choses devraient être « moins pire » car il raménera sûrement son pays dans le concert des nations ONU, OMS, UNICEF, OMC Accords de Paris, etc).

    Cela dit, il me semble que la tendance à l’isolationisme et au protectionisme à laquelle sacrifient régulièrement les Etats-Unis depuis leur création est à nouveau à l’ordre du jour et faite pour durer dans un futur proche. Par ailleurs, l’antagonisme croissant entre la puissance américaine déclinante et une Chine qui aspire à redevenir la première puissance mondiale qu’elle a été jusqu’au 19e siècle va perdurer, même avec les démocrates à la Maison Blanche. Dans une certaine mesure, on ne peut que se réjouir de la fin de l’hégémonsme américain qui a fait tant de dégâts et de victimes dans le monde depuis 1945. Mais, outre qu’il facilite le jeu du nouvel « Empereur Rouge » Xi Jinping, il ouvre lla porte à un multéralisme tout aussi dangereux dans lequel de plus petites puissances régionales comme la Turquie, l’Iran ou l’Inde jouent aussi un jeu de nature impérialiste en rêvant de retrouver la gloire de l’Empire qu’elles furent dans le passé. Tout cela ne va donc a priori pas faciliter l’émergence d’un accord sur les réformes nécessaires (à commencer par celle du Conseil de sécurité) pour que le système international se renforce et puisse relever les défis écologiques et socio-économiques majeurs du 21e siècle.

    2. Concernant la deuxième question, qui me semble comme à toi être la plus déterminante pour l’avenir du monde, les choses ne sont guère plus simples. J’en suis d’accord avec toi, c’est bien la faillite de nos démocraties, tombées aux mains d’oligarchies élitaires aveugles et avides, et leur incapacité assurer la justice sociale et en empêcher l’explosion outrageuse des inégalités, qui est à l’origine de leur déclin et de la montée du « national-populisme ». Dans ce registre, je pense même que la « trahison » de la social-démocratie, qui s’est rangée sans combat et sans gloire au diktat de l’ordolibéralisme, porte une lourde responsabilité. La seule solution est donc de travailler à la refondation d’une démocratie participative qui soit au service de la population et permette de répondre à ses aspirations. D’accord aussi avec toi pour reconnaître qu’il n’y a pas « d’âge d’or démocratique auquel nous pouvons retourner ». Je crois même qu’il n’y a pas de « démocraties pleines  » (celles qui ont un indice démocratique supérieur à 8 selon l’EIU) et qu’elles sont toutes imparfaites (flawed). Bref, la démocratie reste à (ré)inventer et cela commence sûrement par le fait d’interroger de manière critique le concept lui même. Cela devrait être l’un des objectifs du cercle GdS. Il serait aussi judicieux que l’on définisse mieux à cette occasion le concept de « nationa-populisme » sur lequel on travaille comme le suggèrent certains de nos membres, Gilbert Rist notamment, ou des contributions récentes à notre blog comme celle de Dario Ciprut.

    3. Quant à la troisième question sur l’impact que la crise liée à pandémie de COVID-19 va avoir sur l’évolution du « monde d’après », je suis une nouvelle fois d’accord avec toi, il est trop tôt pour le dire. Cela dépendra de la durée et de la profondeur de cette crise. Le fait de réagir tardivement à tes commentaires présente un avantage: celui d’avoir un peu plus de recul par rapport à la durée de cette pandémie, de sa reprise, de son aggravation et de ses effets un peu partout dans le monde. Mon sentiment est que malgré les mesures prises pour la juguler et les plans de sauvetage pour en atténuer les effets, elle ne semble pas devoir déboucher sur une prise de conscience qu’il faut vraiment changer de registre et de paradigme. Pour la majorité des gens, le « monde d’après » semble être le retour au « monde d’avant ».et cela risque hélas de donner raison à Houellebecq quand il disait que « le monde d’après sera le même que le monde d’avant, en pire! »

    Voilà avec bien du retard mes réactions à tes commentaires mon cher Gerry. Continuons à échanger, c’est vraiment stimulant »

    Jean-Luc

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